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mardi 5 août 2014

Cascade et château du Nideck

Publié initialement le 27 août 2010


La sombre forêt du Nideck, endroit privilégié et sauvage des Vosges Alsaciennes, où je me rends aujourd’hui est le siège de nombreuses légendes et récits. L’endroit s’y prête d’ailleurs admirablement et l’on peut comprendre sans peine que des auteurs de l’époque romantique y aient puisée leur inspiration.

Du parking, jouxté par un près, je m’engage dans la ravine ou affleurent en maints endroits, blocs de grès rose de toutes tailles ou souches usées par les années et les intempéries. Déjà le bruit du ruisseau, la Hasel, qui, quelques centaines de mètres en contrebas, chutera de la muraille de porphyre, se fait entendre au loin, semblant provenir des profondeurs du vallon. Des souches enchâssées dans des amas de blocs de roche ou se nichent fougères, mousses et herbes folles parsèment les flancs du chemin qui, inlassablement, descend vers les profondeurs ou la pénombre prédomine. Eparses, des taches de clarté filtrant à travers l’épais feuillage mettent en valeur quelque pierre moussue ou champignon épiphyte. Le chant du ruisseau se fait de plus en plus présent au fur et à mesure de la progression. Bientôt le bruit de la chute d’eau le remplace. Un petit pont de bois traverse la Hazel ; il permet de rejoindre les ruines. Je l’emprunterai tout à l’heure.

En remontant quelque peu, un promontoire de porphyre massif offre un beau point de vue sur la vallée et la forêt environnante ou affleurent quelques falaises de grès. Je continue ma descente. Le sentier permettant l’accès à la cascade est de plus en plus escarpé. Des marches faites de traverses de bois ferraillées ainsi que d’autres, plus récentes, en panneaux de treillis galvanisés, aident à la progression. Des passerelles métalliques surplombent les passages trop difficiles. Enfin j’arrive en bas et je peux voir maintenant la cascade dans son intégralité. Le bruit de l’eau qui chute d’une hauteur de 25 mètres est bien présent. Cela doit faire la cinquième ou sixième fois que je viens sur le site et la cascade me semble toujours aussi superbe et mystérieuse.

Tout autour de moi des murailles de porphyre rouge, des rochers d’ignimbrite, roches magmatiques, attestent de l’origine volcanique du lieu. Le socle gréseux qui affleure partout dans la région a ici été brisé, perforé, par des coulées basaltiques générées par l’orogenèse des Vosges. Difficile d’imaginer pourtant, dans ce cadre bucolique et sauvage, qu’il y a 250 millions d’années, un volcanisme actif, ait engendré ce cadre idyllique, un des hauts lieux du romantisme alsacien.

Une légende tragique est liée à cette cascade, celle de la Dame blanche du Nideck qui apparaîtrait, diaphane, dans l’écume de la cascade. Celle-ci serait une jeune fille, qui pour obéir à un seigneur local qui la convoitait serait allée puiser de l’eau dans la cascade. Malheureusement le poids de son récipient l’aurait entrainée dans la cascade. Sa marraine, qui était bonne fée comme il se doit, la transforma alors en ondine. Depuis lors, dans les instants précédant un orage, elle apparaîtrait parfois, évanescente, à peine discernable dans l’écume de la cascade.

Quant à la Hazel, notre petit ruisseau, celui-ci, après sa chute de 25 mètres, reprend son bonhomme de chemin, assagi, accusant dés lors une déclivité beaucoup moins prononcée à travers le vallon vers lequel il s’engage.

Je remonte le sentier tout comme les ères géologiques. Je quitte le Permien, l’époque des dimétrodon, ainsi que la Dame blanche de la cascade et me dirige vers l’époque médiévale et celle d’autres légendes, de fées, de géants, de loups-garous et de créatures diaboliques, en empruntant le sentier menant aux ruines du Nideck. Pour ce faire je me dirige vers le petit pont entraperçu un peu plus tôt et le traverse.

Le sentier grimpe vers les ruines mais est beaucoup plus praticable que celui menant à la cascade. Fougères et mousses sont toujours présentes au bord du chemin mais aussi quelques campanules. Puis, je me retrouve face à un rocher à la forme particulière, recouvert de mousse, nanti de deux cavités semblant être des orbites creuses. N’évoque t-il pas un crâne aux dimensions colossales ? Ne serait-ce pas le crâne d’un des géants de la légende dont le squelette serait profondément enfoui dans la montagne ?

Parlons donc de cette légende. Il y a fort longtemps à l’époque ou lutins, êtres féériques et géants vivaient dans la montagne vosgienne, une famille de géants habitait dans ce qui est maintenant les ruines du château. La petite fille se serait un jour, échappant à la vigilance de ses parents, éclipsée et aurait pris la direction de la vallée. Là, voyant plein de choses nouvelles, toutes plus jolies les unes que les autres, elle fut fascinée par un laboureur et son attelage. Les prenant pour des jouets elle s’en saisit et regagna le château en quelques enjambées. Toute joyeuse, la jeune géante montra sa trouvaille à son père. Celui-ci la réprimanda et la somma de remettre en place ces jouets qui n’en étaient pas en lui faisant comprendre que les humains n’étaient pas des jouets et que de leur labeur dépendait la subsistance des géants qui sans eux ne pourraient vivre.

Cette légende, métaphore du pouvoir seigneurial, fut recueillie par Charlotte Engelhardt (non, pas le top model !) au début du XIXème siècle, auprès d’un garde-forestier. Un des frères Grimm, de passage en Alsace, recueillit ce récit et l’intégra dans son recueil de contes allemands. Adelbert de Chamisso, le reprit plus tard et le transcrivit en poème.

Plus loin cet amas de pierres recouvert de mousse et de fougères évoque particulièrement bien cette atmosphère de légendes qui imprègne le lieu. On ne serait qu’à peine surpris d’y voir apparaître une fée ou un lutin. S’il reste des endroits ou subsistent des êtres féériques ou des représentants des petits peuples des contes et légendes, le Nideck est assurément l’un d’eux. Enfin j’arrive à la tour du château du Nideck ou Erckmann et Chatrian situent l’action de Hugues le loup, histoire de loup-garou, dont l’action a pour cadre, là encore, les sombres forêts du Nideck.

J’arrive enfin aux ruines inférieures du château du Nideck dont l’Histoire fait mention pour la première fois en l’an 1336. Au dessus de l’entrée de la tour, condamnée au public, une plaque de bronze enchâssée dans les moellons de grès du donjon mentionne Adelbert de Chamisso, célèbre, bien sur, pour son poème sur les géants du Nideck mais moins connu pour sa qualité de naturaliste ayant bourlingué sur toutes les mers du globe. Le château sera détruit par un incendie exactement trois siècles plus tard, en 1636. Situé plus haut, le château supérieur est nettement moins bien conservé. La première partie, ruinée, restes d’une pièce somme toute de proportions assez modestes, à laquelle l’on accède par un escalier composé de deux volées de marches de grès rose, laisse apparaitre les restes d’un feu de camp. Plus haut, il subsiste un donjon surmonté d’une terrasse battue par les vents à laquelle l’on accède par un escalier semi-aérien très étroit, muni néanmoins, d’une main courante métallique. Sur la terrasse la vue est magnifique. Nulle trace, hormis le donjon sur lequel je me trouve, de constructions humaines. La nature y semble vierge. Devant le donjon s’alignent, entre autres sommets, le Baerenberg, l’Urstein et le rocher de Mutzig.

Après être resté plusieurs minutes à contempler ce panorama grandiose je me décide à quitter les lieux. Quelle vue magnifique avaient les occupants de ces lieux et quel isolement propice à la rêverie…

Je regagne sans peine le parking en empruntant le sentier pris à l’aller tout en croisant quelques randonneurs qui commencent à investir cascade et forteresse. L’heure est venue de quitter ces forêts enchantées... 

Descente vers la cascade



La Hazel






Ne serait-ce pas le crâne d'un des géants du Nideck ?


Campanule







Plaque Adelbert de Chamisso