Publié initialement le 16 août 2010
Sion, un de ces lieux où souffle l'esprit. Ces paroles de Maurice Barrès me reviennent lorsque j’arrive sur la colline inspirée. Peut-être l’Esprit y souffle-t-il mais aujourd’hui ce qui est certain c’est qu’il y souffle un vent charriant une petite bruine allant et venant au grès des nuages. Il est tôt, à peine neuf heures trente, le parking est presque désert. La colline, un des haut-lieux de la Lorraine, est encore assoupie.
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| Notre Dame de Sion |
Depuis ma dernière visite remontant à 2002 ou 2003, le Conseil Général de Meurthe et Moselle a racheté une partie du site, point culminant du département de Meurthe et Moselle (445 m), aux pères Oblats et a entrepris de l’aménager et de le faire connaître, y privilégiant les recherches dans les domaines de la géologie et de l’archéologie tout en ménageant une place aux créations artistiques tant par les musées que par des expositions temporaires et ce à tout moment de l’année.
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| Notre Dame de Sion |
Différents parcours ont donc été mis en place. Une exposition permanente présentant la formation de la colline depuis l’époque de la formation de la Terre, l’Hadéen, jusqu’à notre époque, le Cénozoïque, a été déployée tout du long de l’allée ceinturant la colline. Près de la basilique un parcours archéologique prend le relais et relate les différentes phases de l’occupation humaine depuis le néolithique jusqu'à nos jours en passant par Sion, lieu de culte celte puis gallo-romain.
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| Calvaire Saint Joseph |
D’emblée je me dirige non vers la basilique mais vers le calvaire Saint Joseph situé à l’éperon ouest du plateau. Un crachin passager gâche quelque peu la balade. A une centaine de mètres un animal de petite taille s’engouffre derrière le muret jouxtant la table d’orientation, empruntant probablement le sentier escarpé descendant à flanc de colline. Je n’ai guère eu le temps de le voir, était-ce un chat ; une fouine ? La table d’orientation présente le panorama Ouest. Au loin les côtes de Meuse font face à la butte.
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| Calvaire Saint Joseph |
Derrière la table se dresse le calvaire Saint Joseph, assoupi et immuable à travers les années. Construit en 1894 par les Junioristes Oblats il fait face aux villages de Saxon et de Vaudémont. Accusant l’usure du temps par des taches de lichens dessinant comme une lèpre de pierre, sa silhouette se découpe sur le ciel menaçant lui donnant tout à la fois un aspect lugubre et grandiose.
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| Calvaire Saint Joseph |
Obliquant Nord-est, j’emprunte le chemin Saint François qui, tracé en parallèle sur quelques dizaines de mètres en contrebas de l’allée principale ceinturant la colline, participe de la vie de Saint François d’Assise.
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| Vue sur le plateau lorrain |
Des panneaux relatant des épisodes de la vie du Saint ont été installés à des intervalles réguliers. Il a été le fondateur de plusieurs ordres monastiques incluant celui des Clarisses dont un rameau vit ici même sur le site. La dense végétation environnante masque les pentes de la colline.
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| Campanules |
Il y a des années de cela je faisais ici même ma retraite de préparation à ma communion. Ces lieux, calmes aujourd’hui, résonnaient alors de nos chahuts. Le sentier, parsemé de pommes de pin, s’achève et rejoint l’allée principale.
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| Vue sur le village de Chaouilley |
Un homme ouvre le portail du gîte du pèlerin. La colline s’éveille tout doucement dans cette matinée grisâtre.
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| Station du chemin de croix ceinturant la colline |
Plus avant, une pancarte m’indique la possibilité de descendre de quelques mètres vers une petite plate-forme aménagée dans le flanc de la colline. Un plancher de bois, une balustrade sur laquelle repose une planche ayant probablement servi de support à une petite table d’orientation mais que le temps et les intempéries ont probablement emporté fait face à un horizon baigné de grisaille ou s’étirent champs et villages.
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| Détail d'une croix |
Deux bancs de bois, eux aussi malmenées par les éléments, permettent de s‘asseoir pour contempler le paysage qui s’offre au regard du pèlerin ou du flâneur. Le village en contrebas se prélasse entre petits bois et champs. Derrière moi, sur le mur de soutènement, quelques campanules parsèment la pierraille de petites taches mauves-violettes.
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| Détail |
Je remonte vers l’allée et poursuit mon chemin. Approchant au loin j’aperçois une femme, peut-être une retraitante ou une personne ayant choisi le calme de ce site pour y vivre quelques jours de ressourcement.
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| Sion... jadis |
Autrefois, le chemin ceinturant la colline était agrémenté de seules croix en béton écaillé, présentant au regard du pèlerin quelques doctes commandements enluminés de morceaux de verre coloré. Aujourd’hui face à celles-ci, placardés sur le mur d’enclos de l’abri du pèlerin et du jardin-verger, des panneaux plastifiés, surmontés de projecteurs, relatent l’histoire ancienne du site, même très ancienne puisqu’ils évoquent les différentes ères géologiques, époques ou la Lorraine et même la colline de Sion étaient recouvertes par une mer tropicale et ou abondaient nombre de créatures aujourd’hui disparues. Des présentoirs en bois aux vitres poussiéreuses dont la transparence est d’autant plus douteuse que le crachin s’obstine à perdurer offrent aux regards des passants des fossiles de bélemnites, ammonites et autres oursins, témoins muets de ces différentes époques si prodigieusement lointaines. Devant les présentoirs l’absence d’herbe due aux piétinements témoigne de l’intérêt suscité par cette exposition.
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| Allée ceinturant la colline et parcours géologique |
Ainsi se complètent plutôt que ne s’opposent, la religion qui affiche des affirmations gravées dans la pierre sachant pertinemment que ceux et celles qui les lisent y sont acquis d’emblée et la science qui se doit d’expliquer, preuves à l’appui, pour convaincre.
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| Une des deux tables d'orientation |
Puis se présente la table d’orientation de l’éperon Nord-est séparée du vide par une balustrade là encore rongée de tâches de lichen. Contraste avec la table en pyrolave sur laquelle les intempéries n'ont pas prise. Bien sûr impossible de voir très loin avec ce temps. Les lointains sont voilés par une brume grisâtre qui mange l’horizon. Très loin, à 80 kilomètres à l'est et quelque 450 mètres plus haut, culmine le Donon que l'on peut apercevoir par beau temps.
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| Détail de la table d'orientation |
Derrière la table d’orientation, inaccessible au public car fermée par une grille toujours close, se trouve une grotte abritant une piéta. L’édification du monument est probablement contemporaine du calvaire Saint Joseph car les styles de statuaires y semblent identiques.
Au bout de l’allée une pancarte mentionne un sentier permettant d’accéder à la chapelle Notre Dame de Pitié. Je prends le chemin qui s’enfonce dans les sous-bois parsemant les flancs de la colline. Quelques centaines de mètres plus loin j’arrive devant la chapelle. Celle-ci, toute simple, ne présente pas d’intérêt particulier. Une pancarte apposée sur la façade mentionne que la construction édifiée au tout début du XVIIème siècle à l’emplacement ou une statue de la Vierge fut cachée pendant les périodes troublées a été restaurée en 1859. L’intérieur délavé, visible par une lucarne ménagée dans la porte, offre au regard une piéta dont la dorure manque en maints endroits.
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| Piéta |
En remontant les marches silencieuses mes pensées vagabondent, puis celles-ci se font plus terre à terre. Je regarde vaguement si quelque étoile ne se trouve pas sous mes pieds, étoiles de Sion empreintes de légende, que tout Lorrain connaît et qui sont en fait simplement des fossiles de lys de mer ou crinoïdes.
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| Chapelle Notre Dame de Pitié |
Un vieux tronc évidé sert de présentoir à une statue de Marguerite de Lorraine, Duchesse d’Alençon et religieuse Clarisse qui vécut aux XVème et XVIème siècle. Cet ordre religieux est toujours présent sur la colline.
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| Statue de Marguerite de Lorraine |
Quelques instruments de musique assez exotiques sont exposés, agrémentant ce bout de chemin : Orgues du silence en tubes de PVC, souches musicales ou pierres chantantes.
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| Xylophone forestier |
J’achève la visite du site par un petit tour à la Basilique. Le tympan y représente la Vierge Marie en majesté tenant l’enfant Jésus sur ses genoux. Les parties les plus anciennes de la basilique, construites il y a près d’un millier d’années y côtoient les plus récentes comme la tour réhabilitée après l’incendie de 2003 qui avait nécessité la descente de la statue monumentale de la Vierge.
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| Tympan de la basilique |
Ultime chose à voir avant de quitter le site : Le parcours archéologique. Celui-ci se situant à proximité immédiate de la Basilique je vais y faire une petite visite. Des vestiges de pans de murs, de puits, dégagés par les équipes archéologiques à pied d’œuvre sur le site y sont présentés. Malheureusement ceux-ci affleurent la surface du sol. Les dégager complètement afin de les mettre en valeur eut été impossible, des constructions (musée, restaurant), étant à proximité immédiate.